De la gentrification des villes à la gentrification des luttes

De la pensée, sans soumission

jeudi 12 septembre 2013 par bendyglu

dessin d’Emmanuel Tête

Sans soumission aucune !

De la pensée, sans soumission

Agone consacre le n°48 de sa Revue à un philosophe exceptionnel : Jacques Bouveresse. Pourquoi exceptionnel ? Par sa rigueur philosophique et politique, deux qualités rarement conjuguées. Sa critique des médias, pour le dire simplement, et de tout l’appareil intellectuel de domination ne cesse d’être un des enjeux de sa pensée, en alternance avec sa «  philosophie du langage et de la connaissance » dont il avait la chaire de 1995 à 2010 au collège de France. Travaillant avec Bourdieu et Chomsky entre autres pour les plus connus, il n’a jamais choisi d’être parmi les «  chiens de garde » de l’idéologie. Première expression d’une cohérence politique sans compromission, corroborée par son refus de toute distinction honorifique.

Comme le rappelle Thierry Discepolo dans un des treize articles qui organisent cette revue, l’intérêt de Bouveresse pour le satiriste Karl Kraus du début du 20è siècle participe à cette analyse du discours dominant, et à la dénonciation l’ordre capitaliste mondial. Les parallèles de Discepolo entre l’analyse de Kraus par Bouveresse et sa lecture du Monde sont saisissants. Le plus grave dit-il, rappelant les mots du philosophe, n’est pas tant la complicité des médias et des intellectuels avec la domination, ses schémas et sa novlangue, mais la discréditation violente de ceux qui combattent cette soumission de la pensée. Bouveresse est d’abord le philosophe de la raison, comme le développent plusieurs articles. Mais quel philosophe ne s’en revendique pas ?! Dans le premier article de la revue, Claudine Tiercelin souligne et ironise la délégitimation de l’idée de rationalité par la philosophie post-moderne française. Il conviendrait pourtant que Tiercelin, en philosophe analytique, rappelle les arguments de Foucault contre les excès de rationalité : une sournoise opposition persiste dans la philosophie entre la pensée analytique de tradition anglosaxonne et celle, continentale et historique, aux influences allemandes et françaises.

Et Bouveresse est justement ce lien qui permet à la tradition analytique de s’occuper sérieusement de politique. Car la philosophie n’est-elle pas une politique de la vérité ?

Régis Vlachos Zibeline n° 52, 23/05/12


Après avoir dégagé quelques incarnations du rationalisme dont Bouveresse se démarque, j’indique quelques aspects qui ancrent son œuvre dans la tradition de l’Aufklärung ( mais en la renouvelant ), avant d’insister sur ce qui me semble plus distinctif de ce rationalisme dans lequel parviennent miraculeusement à cohabiter des sources philosophiques, littéraires et scientifiques : Cournot, Vuillemin, Carnap, Peirce, Wittgenstein, Russell, Frege, Sellars, Bolzano, Boltzmann ou Helmholtz, mais aussi Descartes, Kant, Schopenhauer, Fichte, Husserl, Cavaillès, Canguilhem, les pragmatistes James, Putnam, ou encore des écrivains comme Valéry, T.S. Eliot, et, plus que tout peut-être, Lichtenberg, Kraus et Musil. (Souligné par nous.)

Claudine Tiercelin, « Bouveresse dans le rationalisme français », revue Agone, 48 | 2012.


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