De la gentrification des villes à la gentrification des luttes

Anthologie des réponses patronales

vendredi 13 septembre 2013 par bendyglu

"Peut-on se contenter, à long terme, d’un directeur éditorial qui prétend assurer l’essentiel des relations entre la maison d’édition et ses interlocuteurs extérieurs (auteurs, traducteurs, confrères, libraires, diffuseur-distributeur, administrations) et se prend aussi pour un graphiste ? (Il est certainement urgent de s’en passer !)

Suite à la publication dans Alternatives (sic) Libertaires d’un texte de Raph et Gilles Stratégies patronales aux éditions Agone , Denis Becquet, Thierry Discepolo, Alain Guenoche, Sylvain Laurens, Joëlle Metzger, Julian Mischi, Philippe Olivera, Étienne Penissat, Jean-Jacques Rosat, Jacques Vialle – membres du bureau ou collaborateur des éditions Agone en 2012 et 2013, ont publié un droit de réponse : Agone, firme capitaliste ou collectif éditorial et militant en crise ? . Nous donnons ici la version reproduite sur le site de Mille Babords, car la version publiée par AL a été depuis orwelliennement modifiée, ce qui n’en fait plus un média crédible... (contactée à ce sujet, la "rédaction" d’AL n’a pas souhaité nous répondre). Une analyse interne de ce communiqué a été réalisée par Julie David.

La Revue Agone, Canal historique se propose de préparer une Anthologie des réponses patronales et lance un appel à contributions. La liste sera progressivement actualisée.

1) Réponse au texte de Raph et Gilles

Editions Agone BP 70072, F-13192 Marseille cedex 20 20 rue des Héros, Marseille 1er Tél-Fax 04 91 64 38 07 Email Bureau agone@agone.org Site http://www.agone.org

Depuis le samedi 20 juillet 2013, vous éditez sur http://www.millebabords.org/spip.ph... Un courrier des lecteurs paru chez Alternative libertaire : "Stratégies patronales aux éditions Agone" http://www.alternativelibertaire.or...

Il nous semble que vous pourriez aussi donner à lire notre réponse "Agone, firme capitaliste ou collectif éditorial et militant en crise ?" Egalement en ligne chez Alternative libertaire http://www.alternativelibertaire.or...

Merci de votre attention

Agone, firme capitaliste ou collectif éditorial et militant en crise ?

Dans sa rubrique « Courrier des lecteurs », Alternative libertaire a publié en juillet 2013 un témoignage émanant de deux ex-salariés d’Agone, Gilles et Raphaël, qui parlent de méthodes « patronales », « managériales » et de « stratégies d’externalisation ». Il n’est jamais agréable de voir d’anciens amis s’éloigner avec aigreur. Et c’est pire de les voir affirmer publiquement que le projet dans lequel ils se sont tant investis est devenu à leurs yeux le contraire de ce qu’il était quelques mois plus tôt. Par respect pour le travail réalisé, cette réponse ne veut donner qu’un autre point de vue sur ce qui s’est passé chez Agone en 2012.

Le numéro 50 de la revue Agone qui sert de point de départ à ce courrier des lecteurs traite des stratégies patronales d’entreprises comme Peugeot, EDF et Carrefour, où les syndicalistes sont soumis à des pratiques de répression et de domestication constituant les versions violentes ou douces d’entorses au droit du travail et brisant des vies. Le collectif d’éditeurs que Raphaël lui-même décrivait comme si plaisant s’est-il subitement transformé en une firme capitaliste [1] ? La personnalité de son directeur éditorial, Thierry Discepolo, bien connu d’une partie du monde militant, s’est-elle soudain métamorphosée ? Nous ne voyons pas les choses ainsi.

C’est un fait, cinq employés ont quitté les éditions Agone entre octobre 2012 et janvier 2013. Chacun d’entre eux a choisi les conditions de son départ, dont une prime allant de 7.000 à 10.000 euros (selon l’ancienneté, de six à neuf ans). Le président de l’association Agone s’est contenté de les avaliser. Tous ces départs font suite à une crise importante. Personne ne le nie. Mais cette situation mérite d’être analysée comme crise politique d’un projet éditorial engagé, sur fond de bouleversement des mondes du livre.

Ces départs ne sont pas un coup de tonnerre dans un ciel serein. Ils font suite à plusieurs mois de désaccords, à l’issue desquels le directeur éditorial propose, en juin 2012, de se retirer au profit d’une direction éditoriale collégiale composée des autres salariés. Cette proposition est refusée et provoque les deux premiers départs. Une assemblée générale des salariés et des directeurs de collection est convoquée en septembre, au cours de laquelle le directeur éditorial réitère sa proposition de se retirer au profit des salariés insatisfaits. Elle est de nouveau refusée. Le directeur éditorial propose alors une réduction des tâches logistiques et une refonte du site Internet. Ce projet est validé à la majorité – puis soutenu par le bureau de l’association, dont une augmentation des salaires de 20 %. Une semaine plus tard, trois autres salariés, dont Gilles et Raphaël, annoncent leur départ.

De l’assemblée générale de septembre 2012, aucune solution unitaire aux désaccords n’avait pu émerger. Les divergences portaient sur l’organisation collective du travail et la réponse à des enjeux contemporains ou anciens de l’édition : quels usages réserver aux formats numériques du livre ? Jusqu’à quel point développer la vente en ligne ? Comment faire cohabiter ces pratiques avec la librairie ?

Ces divergences portaient aussi sur les relations avec le monde intellectuel ou académique. Car Agone n’est pas un producteur de biens seulement matériels. Sa matière première reste des textes, qui ont, hélas, des origines sociales souvent prévisibles : petite et grande bourgeoisies intellectuelles, milieux militants, sphère académique, plus rarement mondes ouvriers. Ce constat doit être tiré jusqu’au bout : le métier d’éditeur suppose une connexion avec ces groupes sociaux pour accéder à la matière première dont sont faits les livres.

Pour satisfaire l’idéal d’un collectif éditorial engagé, ce travail de collecte (de direction de collection), mais aussi sur les textes mêmes (préface, traduction, appareil de notes, annexes, etc.), doit être autant que possible partagé entre tous les employés d’une maison d’édition.

Ignorant ces questions, la plupart des maisons ont adopté une organisation hiérarchique des tâches qui reproduit les coupures intellectuel/manuel, « grand penseur »/ »petites mains ». Cette situation produit une division entre ceux qui « trouvent les livres » (gravitant dans les milieux intellectuels, notamment parisiens) et « ceux qui les font devenir objets » ; entre ceux qui travaillent sur les textes et « agencent les livres entre eux » pour former une ligne éditoriale et ceux qui les mettent en forme et en circulation. Ce qui n’est pas gênant pour Fayard ou Flammarion pose en revanche un vrai problème à une maison d’édition où la manière de faire des livres est aussi importante que leur contenu.

Chez Agone, l’organisation collective du travail repose sur un principe d’égalité de salaire. De plus, une large part du travail de collecte et de travail sur les textes est répartie entre les salariés assurant les différents métiers que rassemble une maison d’édition. Mais cela ne suffit pas. Il a été et reste très difficile d’y instaurer une division du travail totalement égalitaire. C’est là un des points de la crise que nous avons traversée. Peut-on se contenter, à long terme, d’un directeur éditorial qui assure l’essentiel des relations entre la maison d’édition et ses interlocuteurs extérieurs (auteurs, traducteurs, confrères, libraires, diffuseur-distributeur, administrations) ? Comment gérer l’asymétrie d’informations, de visibilité sociale et les effets de personnalisation que ceci produit inévitablement au sein d’un collectif ?

La leçon politique qu’il y a à tirer de cette situation ne nous semble pas devoir être trouvée dans un parallèle déplacé avec des logiques managériales. (Ainsi l’« externalisation » évoquée n’est-elle que la délégation à la librairie Envie de Lire, à Ivry-sur-Seine, des commandes en ligne du site Agone.org ; et il n’a jamais été question de « réduction de la masse salariale ».) S’il faut tirer une leçon de cette crise, c’est la nécessité de réfléchir à l’essoufflement du modèle vocationnel, qui est au centre du projet d’Agone : répondre aux difficultés pour les membres d’un collectif de s’accorder sur un projet autogestionnaire dans la durée, qui plus est face au bouleversement actuel des mondes de l’édition. La question demeure de réussir à articuler les impératifs de la diffusion de biens symboliques avec les réalités matérielles par lesquelles passe inévitablement un projet qui veut tenir ensemble ces ambitions.

Denis Becquet, Thierry Discepolo, Alain Guenoche, Sylvain Laurens, Joëlle Metzger, Julian Mischi, Philippe Olivera, Étienne Penissat, Jean-Jacques Rosat, Jacques Vialle – membres du bureau ou collaborateur des éditions Agone en 2012 et 2013.

[1] Raphaël (éditions Agone) : « Il vaut mieux prendre son temps », Article XI, juillet 2010.

publie 1er août 2013 par Commission Journal (mensuel)

2) Réponse de la Société des Rédacteurs du Monde à l’article de Hervé Kempf paru sur Reporterre Adieu Le Monde, vive Reporterre où il relate notamment le harcèlement qu’il a subi de la part de la rédaction de ce journal)

. Le 18 novembre 2011, Thierry Discepolo, directeur éditorial des éditions Agone, présentait son livre "La Trahison des éditeurs" (tous sauf un !) à Avignon. Il s’en prit nommément à Fréderic Lordon, traité de "danseur de claquettes" pour avoir publié au Seuil et à Hervé Kempf pour avoir publié chez le même éditeur. A cette époque l’équipe éditoriale historique d’Agone avait déjà été presque intégralement décimée. Un an plus tard, ce serait le tour des salariés dont les récits (sur Canal sud), dans le décor d’une structure associative détruite par la logique commerciale, concordent avec celui d’Hervé Kempf contant la disparition de la dernière niche de liberté dans une structure capitaliste...

Un communiqué de la Société des rédacteurs du "Monde"

Le conseil de la Société des rédacteurs du Monde (SRM) regrette certains des propos tenus par Hervé Kempf, notre ex-confrère journaliste, spécialiste de l’environnement, dans un entretien publié dans Libération, le 6 septembre. Selon Hervé Kempf, qui a pris la décision de quitter le journal en août, son départ serait lié au fait qu’on l’ait empêché de continuer à suivre le dossier de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

Dans cet entretien, il met nommément en cause deux directeurs de la rédaction du Monde, Alain Frachon et Didier Pourquery, et estime que les actionnaires majoritaires du Monde (MM. Bergé, Niel et Pigasse, détenteurs depuis 2010 de 63,8 % capital du groupe Le Monde, par l’intermédiaire de la holding Le Monde libre), "par des moyens surtout indirects, c’est-à-dire en nommant une hiérarchie compatible avec leurs idées, influent sur l’orientation du média qu’ils possèdent". Le conseil de la SRM réfute ces propos d’Hervé Kempf, qui portent atteinte à la crédibilité de notre journal. Le conseil de la SRM rappelle qu’au Monde les journalistes travaillent librement.

Le conseil apporte son soutien aux deux directeurs du Monde qui se sont entremis pour régler un différend professionnel au sein du service Planète, tel qu’il peut en exister dans toute entreprise. Hervé Kempf a pris l’initiative de quitter le journal. Un mois après avoir touché ses indemnités de départ, il jette l’opprobre sur la collectivité où il a travaillé pendant quinze ans. Cela n’est pas correct. Hervé Kempf n’est pas un martyr du Monde.

Le conseil de la SRM est très attaché à la liberté d’expression et à la pluralité des opinions à l’intérieur de la rédaction. Il demeure très attentif au suivi des questions écologiques. Le Monde reste le journal français où les questions d’environnement sont suivies par dix journalistes à plein temps. Hervé Kempf n’avait ni le monopole du suivi des questions écologiques ni celui de l’indépendance.

3) Communiqué des éditions Agone sur la journée du 20 septembre 2013

Depuis plusieurs semaines, nous sommes la cible d’une campagne haineuse visant à discréditer les éditions Agone et en particulier son directeur éditorial, Thierry Discepolo. »

Campagne orchestrée par d’anciens collaborateurs

Benoit Eugène et Samuel Autexier, qui ont quitté les éditions il y a respectivement quatre et huit ans ; Gilles Le Beuze, Raphaël Monnard et Natacha Cauvin, qui ont quitté Agone il y a maintenant plusieurs mois. Nous déplorons la brutalité et le caractère douteux des méthodes utilisées :

Vol de fichiers informatiques, notamment plusieurs milliers d’adresses des lecteurs et lectrices d’Agone ; mise en ligne du numéro de téléphone du directeur éditorial, publication d’anciennes correspondances privées, envoi de courriers injurieux, menaçants ou délirants aux auteurs édités par Agone, pressions auprès des collectifs militants associés à la maison d’édition.

Menaces et intimidations

Intimidations et menaces sur les membres de l’association, leurs proches ainsi que sur les nouveaux salariés (collage d’affiches et tags devant les domiciles, harcèlement au téléphone) ; pressions physiques et agressions dans la rue : ainsi le vendredi 20 septembre, une partie des membres des éditions Agone ont été harcelés et insultés sans relâche dans les rues de Marseille par une douzaine de personnes, dont certaines cherchaient seulement à pousser à l’affrontement.

Violation du droit à l’image

Plusieurs salariés et bénévoles ont été photographiés et filmés à leur insu, mise en ligne de photographies de nos locaux, etc. Cette situation fait suite à la crise douloureuse traversée par Agone depuis un an et demi, après des années de complicité et d’amitié. Liée à des désaccords sur la politique éditoriale et sur l’organisation du travail, cette crise a entraîné l’an dernier le départ volontaire de cinq salariés.

Pour rappel, en juin 2012, afin d’apaiser les désaccords, Thierry Discepolo avait proposé de se retirer de ses fonctions de directeur éditorial pour laisser les autres salariés assurer une direction collégiale. Les salariés ont repoussé cette proposition puis, mis en minorité lors d’une réunion de l’ensemble des membres du collectif éditorial d’Agone, ils ont fait le choix de quitter la maison d’édition Voir article. Accusations absurdes

Aujourd’hui, d’anciens collaborateurs nous accusent de ne pas les avoir convoqués à l’assemblée générale de l’association Agone du 21 septembre dernier. Cette accusation est absurde, aussi bien juridiquement que politiquement. Sont membres de cette association celles et ceux qui contribuent par leur travail à faire vivre la maison d’édition. On ne peut démissionner des éditions Agone et un an, quatre ou huit ans plus tard se prétendre subitement encore membre de l’association.

Quelles que soient ces vicissitudes, Agone continue. Le programme 2014 vient d’être établi : une bonne quinzaine de livres, comme chaque année. Et nous avons des projets en pagaille. Nos chaleureux remerciements à toutes celles et ceux qui nous ont manifesté leur soutien et leur amitié ces derniers jours…


Chèr.es adhérent.es, chèr.es sympathisant.es,

Vous avez certainement reçu récemment de la part de m. X, ancien salarié de la radio La Locale, un mail intitulé : « Les libertaires de La Locale aiment la casse sociale ».

Nous connaissons depuis bien plus d’un an au sein de l’association des difficultés de collaboration avec m. X. Beaucoup d’entre vous n’en étaient pas informés car, pour des raisons de respect de chacun, nous souhaitions rester discrets à ce sujet.

Mais cette année a été l’année où les choses ont fini par aller trop loin, une limite a été franchie.

La radio est pour nous un outil essentiel dans notre société, c’est un collectif auquel nous consacrons beaucoup de temps et d’énergie. Dans un collectif, lorsqu’une personne se sent menacée, il est du devoir du collectif de la défendre. Dans un collectif, lorsque l’œuvre commune est menacée, il est du devoir du collectif de la défendre.

Ici, les personnes qui travaillent quotidiennement pour le maintien de la radio se sont vues tour à tour sujettes à intimidation, méprisées, mises sous pression, insultées et même menacées par m. X. Personne n’a d’ailleurs pu défendre ni même comprendre son attitude. Malgré nombre de tentatives de conciliation.

Tout au long de l’année dernière, il a réitéré une exigence d’augmentation qu’il sait impossible à satisfaire car il connaît pertinemment la situation financière de la radio, en déficit six mois par an.

La décision du licenciement est loin d’avoir été prise à la légère. Par son comportement, m. X mettait l’association en péril.

Ces derniers jours, le Conseil d’Administration de l’association La Mauvaise Herbe, qui gère la radio La Locale, a décidé de ne pas accorder le renouvellement de son adhésion à m. Siffermann pour les raisons suivantes : Il insulte les membres du bureau, du CA et certains bénévoles de façon récurrente depuis plus d’un an et cela malgré l’avertissement qui lui a été adressé, la mise à pied qui a suivi quelques temps plus tard et son licenciement. Ses menaces directes à l’encontre de certains membres de la radio de « faire gaffe et de raser les murs », sa venue agressive dans les locaux malgré l’interdiction qui lui a été signifiée, sa façon de secouer les grilles en vociférant finissent par inquiéter sérieusement certains membres et par irriter les autres.

Le CA a décidé à l’unanimité qu’il ne voyait pas pourquoi il accorderait une adhésion à une personne qui souhaite ouvertement le plus de mal possible à l’association qu’il prétend paradoxalement vouloir rejoindre.

Pour cela, le CA utilise le droit que lui réservent les statuts de radier m. X de la liste des adhérents, pour motif grave.

Pour préserver la dignité de chacun, nous ne souhaitons pas nous étaler davantage sur les faits. Nous nous tenons néanmoins à votre disposition pour répondre à toute question, sachant que tous les comptes rendus des conseils d’administration et des assemblées générales sont disponibles dans nos locaux, au 13 rue Joseph Pujol, à Saint-Girons.

Le Conseil d’Administration et des bénévoles actifs au sein de l’association

A compléter...


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