De la gentrification des villes à la gentrification des luttes

Le conflit sur le livre numérique à Agone... réglé par l’éradication des contradicteurs !

dimanche 15 septembre 2013 par bendyglu

D’après une interview de Gile et Raph à la radio Canal Sud

A Agone, les positions extrêmes sur le livre numérique (sachant qu’il y avait beaucoup de positions intermédiaires), allaient de :

- « Agone a pris plusieurs années de retard sur le livre électronique, il faut être à l’avant-garde, comme on est à l’avant-garde sur le reste, il faut que tout livre papier soit disponible en version numérique, voire que certains livres n’existent qu’en format numérique, il faut vraiment investir à fond là-dessus, sinon Agone n’existera plus ». Sous couvert de "l’important c’est la diffusion des idées, le moyen, la méthode on s’en fout".

- D’autres personnes disaient : « la fin ne justifie pas les moyens. Il faut peut-être arrêter de favoriser la production, l’utilisation de tablettes, peut-être qu’à un moment il faut dire stop à l’escalade, la course aux nouveaux moyens technologiques ».

Par ailleurs, on ne comptait déjà pas nos heures, donc qui allait le faire, comment ? Et la plupart des salariés étaient très attachés au livre papier, c’était la priorité pour eux, il n’était pas question de ne faire que des livres numériques... On nous a même proposé de faire des livres numériques même pas corrigés... De ressortir des classiques du mouvement ouvrier, qui certes ne sont plus disponibles, mais si ça consiste juste à mettre un logo, parce que sinon les autres le feront avant nous...

Et nous on s’est opposés à ça : ça ne sert à rien de ressortir un vieux classique sans contextualisation... Un texte du siècle dernier sans un appareil critique, des notes par exemple, peut être absolument incompréhensible, sauf pour les initiés. Sachant que le numérique, c’est un peu la tarte à la crème du champ de l’édition depuis plusieurs années, le gouvernement lâche des centaines de millions d’euros pour ça... Il y a des centaines d’entreprises qui ont été créées par des cadres, des jeunes loups aux dents longues, qui n’y connaissent rien et se moquent totalement du livre... Ils espèrent juste trouver un créneau pour gagner de l’argent...

Car il faut savoir que l’édition est un secteur non rentable. Si on veut parler chiffres, le taux de rentabilité est très proche de 0, c’est de 0 à 2%... Or, dans le business, il faut du 10%, donc le numérique c’est un vrai espoir pour certains, même si beaucoup d’aventuriers se sont déjà cassé la figure... Et là aussi, on assiste à des processus de concentration et de rachat, et c’est déjà les plus gros, type Hachette ou les nouveaux qui sont issus seulement des nouvelles technologies, qui sont les acteurs principaux de ce champ-là. Sans parler de Amazon et Google...

Un livre de poche, c’est imprimé dans des immenses machines industrielles, certes c’est de la pollution etc., mais si c’est bien fabriqué ça peut durer des dizaines d’années, il peut être prêté, passé, certains les revendent... Ce n’est pas un bien jetable, il n’y a pas d’obsolescence... Mais quand on s’est opposés avec ces arguments au livre numérique, on s’est fait traiter de Talibans du numérique, d’hommes des cavernes... Il y avait dix personnes d’un côté qui ont pris une décision, et une personne de l’autre, et ce sont des décisions collectives qui n’ont pas été respectées... Parce que toujours, il fallait être à l’avant-garde de la course aux nouvelles technologies...

Et notons quand même que nous n’avons rien d’intégristes : Agone est partenaire de revues.org depuis des années, ce qui est bien la preuve qu’on a pris cette dimension en compte depuis longtemps !

Pour l’anecdote, il y a une personne qui a signé l’appel des 451, c’est celui qui est toujours directeur éditorial (Thierry Discepolo : il était de tradition de citer les noms à Agone, voilà c’est fait ! NDE), en son nom sans en avoir jamais parlé aux autres, ce qui est paradoxal parce que cet appel est relativement critique du numérique alors que lui se souhaitait à l’avant-garde en ce domaine. Moi, je n’étais pas signataire, mais j’ai participé aux rencontres qui ont suivi, à la Parole errante. Et c’était vraiment intéressant parce que ça réunissait 150 personnes issues de tous les métiers du livre, des correcteurs, des auteurs, des maquettistes, des éditeurs, des imprimeurs, des traducteurs, des libraires... Et qui ont échangé sur ces questions de concentration, de course à la vitesse, en recherchant des pistes de solutions alternatives : notamment un collectif de Madrid, regroupement d’éditeurs, qui essayait de mettre en place d’autres types de structures, d’autres types de relais, par exemple pour la diffusion, de coordonner des maisons d’édition, l’idée étant d’échapper le plus possible aux grosses machines capitalistes...


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