De la gentrification des villes à la gentrification des luttes

« Pour rien au monde je ne voudrais retourner travailler à Causette »

jeudi 30 juin 2016 par bendyglu

Ce 23 juin, c’est la fin d’un long parcours judiciaire pour Anne-Laure Pineau. Le 3 mars 2015, cette ex-salariée de Causette avait obtenu la condamnation devant les prud’hommes de son ancien employeur, notamment pour des faits de harcèlement moral. Causette avait interjeté appel. Mais ce jeudi, la cour d’appel de Paris a confirmé le jugement de première instance. Dans son arrêt, que BuzzFeed News a pu consulter, la cour confirme la condamnation des éditions Gynethic, la société éditrice de Causette, à payer plus de 40.000 euros à Anne-Laure Pineau, dont 10.000 euros à titre de dommages et intérêts pour harcèlement moral. Elle ajoute à la décision de première instance une condamnation de 3000 euros pour « manquement à l’obligation de sécurité de résultat », c’est-à-dire parce que l’employeur n’a pas su prendre les mesures pour protéger la santé de son employée.

« C’est la fin de deux ans de lutte pour me tenir droite », explique Anne-Laure Pineau à BuzzFeed News. C’est très dur de partir d’un endroit complètement détruite, de lutter avec ses petits moyens pour se défendre toute seule. J’ai le sentiment que justice est faite. »

Entrée à Causette en août 2011, Anne-Laure Pineau a « pris acte de la rupture de son contrat de travail » en janvier 2014. Ces deux ans et demi passés à Causette l’ont, à l’écouter, profondément atteinte. Elle évoque un « management par la peur », le succès surprise du magazine s’étant traduit par une très forte pression et, in fine, par du harcèlement moral. Elle raconte à BuzzFeed News :

« Je ne dormais plus ou très peu. J’avais une tension très élevée. J’ai pris des anxiolytiques, des antidépresseurs et des somnifères. Quand j’arrivais à dormir, je faisais des cauchemars violents où le directeur de la publication comme le gestionnaire mettait une balle dans la tête à chacune de mes collègues avant de m’exécuter. J’ai pris trois tailles de jean. Je suis tombée dans les pommes, je pleurais sans cesse. J’étais le fantôme de moi-même. »

Son médecin lui diagnostique un syndrome anxio-dépressif, « alors que je n’avais jamais eu ce genre de problèmes », précise-t-elle.

« Cela fait deux ans que j’évite le quartier de mon ancien travail de peur, réelle, de les croiser. Aujourd’hui ça va mieux, le fait d’être retournée travailler dans une rédac saine et de voir que ça se passait bien m’a fait un bien fou. »

Les salariées traitées de « chialeuses » et « de langues de vipère »

Dans cette affaire, les torts reprochés à la direction de Causette sont nombreux. En première instance, le conseil des prud’hommes évoque dans ses conclusions, que BuzzFeed News a pu consulter, des « remarques blessantes » de la part de la direction, qui peuvent être personnelles ou collectives et « deviennent souvent violentes, brutales et humiliantes ». Mais aussi les « crises de colère du directeur de la publication qui sont très souvent accompagnées de menaces de licenciement », ou de « nombreux mails individuels ou collectifs dans lesquels apparaissent clairement des propos très déplacés voire très incorrects, indignes d’un responsable d’une entreprise ».

Le jugement cite également une réunion collective du 24 juin 2013 pendant laquelle « les salariés sont collectivement traités de chialeuses ou de langues de vipère et sont menacés de licenciement », des « changements d’angle de dernière minute et des réécritures incessantes des articles, avant de les supprimer arbitrairement de la parution ». Et cette phrase, qui aurait été prononcée par Grégory Lassus-Debat, alors directeur de la publication (et aujourd’hui gérant du magazine), affirmant qu’il allait « arrêter d’être sympa avec les mères célibataires ».

Deux autres dossiers se sont ajoutés aux ennuis judiciaires de Causette

Mais Anne-Laure Pineau, dont l’affaire avait déjà été évoquée dans la presse, n’est pas la seule ancienne employée de Causette à avoir saisi les prud’hommes pour harcèlement moral. Deux autres dossiers se sont depuis ajoutés aux ennuis judiciaires de Causette. Mercredi 18 mai, c’est celui de Delphine Henry, l’ancienne directrice de la photo, qui est passée devant le conseil de prud’hommes de Paris. L’audience de la troisième ex-salariée, qui devait avoir lieu le 16 juin, a été repoussée à 2017.

Delphine Henry fait partie de la petite équipe des débuts. C’est elle qui a contribué à donner à Causette sa ligne photo rétro et décalée. Mais en juillet 2014, elle prend acte de la rupture de son contrat de travail, après un long arrêt de travail. Aujourd’hui, elle demande, entre autres, la requalification en licenciement sans cause réelle et sérieuse et des dommages et intérêts pour harcèlement moral.

« Ça m’a complètement détruite »

« Avant mon arrêt de travail, j’étais au bord du burn out », indique-t-elle à BuzzFeed News. « Le jour où j’ai envoyé mon arrêt de travail, en décembre 2013, j’ai reçu un courrier de la direction qui me convoquait à un entretien préalable à une éventuelle sanction pouvant aller jusqu’au licenciement, assortie d’une mise à pied conservatoire, c’est-à-dire avec suspension de salaire ». La mise à pied sera levée, après plusieurs semaines, devant les protestations de l’équipe. Elle raconte :

« Cette mise à pied, ça m’a complètement détruite. J’ai tout donné pour ce journal, et ils me donnaient cette sanction atroce. Ça a été une peine terrible, ça m’a enlevé toute confiance en moi. Pendant longtemps, j’ai été incapable de travailler. J’ai dû attendre mai 2015 pour réussir à reprendre un travail. »

En 2009, l’aventure Causette avait pourtant bien débuté. Tout commence avec une idée de Grégory Lassus-Debat : faire un féminin qui prend le contrepied de la presse féminine sur papier glacé. Causette, lui, sera « plus féminin du cerveau que du capiton ». Grégory Lassus-Debat s’associe à Gilles Bonjour, un ami, qui met 70.000 euros dans la machine. Lassus-Debat fera un prêt à la consommation. Le premier numéro est publié en mars. « Au début c’était idyllique. Il y avait une grosse énergie, un enthousiasme absolu », raconte Johanna, ancienne rédactrice adjointe.

Mais rapidement, l’équipe est dépassée par le rythme de travail. Une ex-collaboratrice décrit une direction « peu respectueuse du droit du travail et de la convention collective ». Les onze anciennes salariées que nous avons pu interviewer évoquent un management qui crée beaucoup de souffrance. Pour Delphine Henry, « dès 2012, des problèmes humains apparaissent. Il y a énormément de pression, des délais chauds, des surcharges de travail et des remontrances régulières de la part de Grégory ». Johanna détaille : « Le circuit de la copie était hallucinant, il voulait contrôler chaque étape, c’était un enfer, ça n’avançait pas. C’était pesant et ça commençait à générer des tensions. »

Quand le magazine passe en mensuel, le rythme s’accentue, et les arrêts maladie se multiplient

Plusieurs ex-salariées évoquent l’habitude de Grégory Lassus-Debat de changer le chemin de fer du magazine, c’est-à-dire son sommaire, à la dernière minute. « Il lui arrivait d’avoir des idées à trois jours du bouclage », détaille une ancienne, restée trois ans dans l’entreprise. « Il renversait tout le chemin de fer. Au passage ça flinguait le travail d’une journaliste qui avait travaillé de manière professionnelle et consciencieuse. Ce n’est pas une méthode de travail, c’était hyper anxiogène. »

Quand le magazine passe en mensuel, le rythme s’accentue, et les arrêts maladie se multiplient. Trois noms reviennent dans les doléances des anciennes salariées : Grégory Lassus-Debat, Liliane Roudière la rédactrice en chef, décrite comme peu organisée, et, dans une moindre mesure, Gilles Bonjour, cofondateur et administrateur général et proche de Grégory Lassus-Debat. « Quand on arrive, la direction est très forte pour nous encenser, on est la perle rare », décrit une ancienne salariée. « Et ensuite, on se retrouve à se faire hurler dessus que notre papier “c’est de la merde”. La chute est d’autant plus grande. » Une lettre qui dénonce les conditions de travail

Le 6 septembre 2013, la rédaction remet aux dirigeants une lettre écrite collectivement pour dénoncer les mauvaises conditions de travail. « À ce jour, une partie importante des effectifs est en arrêt de travail », indique le document. Mais aussi :

« Depuis un an environ, nous estimons que la situation s’est lentement dégradée et malgré les alertes envoyées et répétées, elle atteint son paroxysme aujourd’hui dans ce que l’on peut très concrètement qualifier de faits de harcèlement moral à l’encontre de plusieurs membres de l’équipe. »

Le conflit social empire lors de la préparation du numéro de novembre, et un article sur la prostitution qui se veut léger, « 55 raisons de résister à la tentation (pour vous messieurs) », voulu par Grégory Lassus-Debat. Parmi les raisons, on trouve : « parce que quitte à se taper une fille qui n’a pas envie, autant la violer, c’est moins cher (mollo, on déconne) ». Ou encore : « parce qu’il y a toujours moyen de se bricoler une pute acceptable avec une pastèque trouée ».

Les journalistes ne veulent pas que cet article soit publié, mais n’obtiennent pas gain de cause. À parution, l’article est incendié sur les réseaux sociaux par une partie des lectrices et lecteurs de Causette, qui ne comprennent pas comment un média engagé pour la cause des femmes peut produire ce genre de blagues. Causette est accusée d’être « putophobe », « raciste », « transphobe » et d’inciter au viol.

Le communiqué publié en réponse sur la page Facebook du magazine est révélateur de la cassure

Un premier texte, signé par Liliane Roudière, la rédactrice en chef, et Grégory Lassus-Debat, assume. Mais un second, intitulé « la rédaction à son lectorat » précise :

« La majorité de la rédaction de “Causette” tient à exprimer publiquement son désaccord avec cet article. (…) Une partie de la rédaction l’avait fortement signifié dès l’élaboration de ce papier mais n’a pas été entendue. »

Pour Anne-Laure Pineau, « à Causette, il y avait le côté pile et le côté face. Ce qu’on vivait quotidiennement était l’inverse de l’image du magazine. Ce décalage était très dur à assumer et avec le dossier prostitution, qui a fait scandale, il était devenu visible. »

Une motion de défiance et une grève

Les jours suivants, la rédaction vote une motion de défiance contre sa rédactrice en chef, Liliane Roudière, et se met en grève. La presse s’en fait l’écho. « On pensait que ce serait une grève éclair, raconte une gréviste. Mais ça a duré 10 jours. » « Pendant la grève, on venait au travail avec la peur au ventre, déclare Delphine Henry. On a donc décidé de se donner rendez-vous au café en face pour arriver toutes ensemble à la rédaction. »

Le débrayage prend fin avec la mise en place d’une médiation, assurée par Danièle Darras, membre du bureau national du Syndicat national des journalistes. Quelques mois plus tard, interrogée par Libération, elle évoque « beaucoup d’amateurisme et un gros manque de rigueur : j’ai découvert un journal qui fonctionnait quasiment sans rétroplanning ! Tout se fait au dernier moment, ce n’est pas viable sur le long terme. Quand tu associes des problèmes comportementaux avec un manque de professionnalisme, tu obtiens ce mélange détonnant ».

« Je sentais qu’il fallait que je m’en aille pour ma santé mentale et physique »

Des élections du personnel sont également organisées et l’inspection du travail est saisie. Dans un courrier à l’inspection du travail, daté du 20 décembre 2013, Gilles Bonjour, alors gérant de Causette, liste les premières mesures prises par la société suite aux observations du contrôleur du travail. Et admet que le comportement de Grégory Lassus-Debat a posé des problèmes :

« Le mode d’expression du directeur de la publication s’est révélé insupportable et source de souffrance. Il a d’ores et déjà procédé à la prise de conscience nécessaire pour que cela ne se reproduise pas et présenté ses excuses à l’ensemble de l’équipe. Je l’ai placé sous mon contrôle rapproché dans une sorte de période de mise à l’épreuve dont je vous rendrai compte plus tard. »

Mais ces efforts ne suffisent pas à faire cesser les souffrances en interne. Plusieurs des personnes que nous avons pu rencontrer évoquent des burn out et des dépressions. Sur la période 2013-2014, le turn-over est intense. Et bien visible dans l’ours, où figurent les noms des personnes qui font le magazine. En quelques mois, une petite dizaine de salariées quittent la rédaction. Malgré les difficultés pour retrouver du travail dans un secteur de la presse en crise, certaines préfèrent lâcher un CDI ou ne pas reconduire un CDD plutôt que de rester.

« J’étais dans un état pas possible », raconte Johanna, une de celles qui a mis fin à son CDI via une rupture conventionnelle. « Je n’arrivais plus à regarder un film en entier, à lire un journal. Mon médecin m’a arrêtée. J’ai pris des anxiolytiques, des antidépresseurs. » « Tout ça m’a atteinte, explique de son côté Sonia, alors que moi on ne m’a jamais mal parlé, on ne m’a pas critiquée. Mais je sentais qu’il fallait que je m’en aille pour ma santé mentale et physique. Dix jours après mon départ, j’ai eu un contrecoup et j’ai mis du temps à sortir la tête de l’eau et à me remettre à chercher du boulot. »

« Aucun conflit n’a été à déplorer depuis cette époque »

Pour Me Stéphanie Resche, l’avocate d’Anne-Laure Pineau, « on est dans un cas où il y a des faits personnels mais aussi des faits collectifs. Il y a un harcèlement collectif, qui est reconnu dans la jurisprudence comme pouvant constituer un harcèlement moral. Des salariées sont mises au placard, d’autres insultées. Même si on n’est pas directement visé, on se sent menacé. »

Contacté par BuzzFeed News une première fois le 18 mai dernier, Grégory Lassus-Debat a tout d’abord accepté le principe d’une interview, avant de nous orienter vers Virginie Roels, qui a pris sa place en tant que directrice de la publication depuis janvier 2016, mais qui n’était pas présente à la rédaction lors du conflit social. Il a finalement accepté de nous répondre, brièvement, par mail :

« À l’occasion du conflit social qui a opposé, fin 2013, une partie minoritaire des salariés réunie en un clan qui se faisait appeler “Hasta La Victoria Team”, plusieurs départs ont eu lieu. Aucun conflit n’a été à déplorer depuis cette époque. Une enquête indépendante réclamée par l’Inspection du travail a conclu qu’il n’y avait jamais eu de faits de harcèlement moral.

Concernant Madame Henry, qui a quitté l’entreprise d’elle-même, une procédure étant en cours, je ne ferai aucun commentaire. Concernant d’éventuels “changements de chemin de fer au dernier moment”, je soulignerai simplement que “Causette” est un journal d’actualité, et comme n’importe quel journal il doit se plier à une actualité qui n’est pas prévisible… »

L’enquête citée dans ce mail, que BuzzFeed News a pu consulter, ne parle en effet pas de harcèlement moral, mais d’une « crise de croissance », mais évoque toutefois un « manque d’organisation du travail », des « conflits », des « débordements verbaux » et un « management parfois défaillant ».

L’avant-veille de la publication de cet article, Grégory Lassus-Debat a fini par accepter une rencontre. Lors de cette interview, le cofondateur de Causette a nié tout harcèlement moral de sa part, mais a reconnu des erreurs de management. « Je ne savais même pas ce que voulait dire “management” à l’époque », a-t-il expliqué.

« Il n’y avait pas de management, les patrons se comportaient comme des collègues. Je cumulais trop de postes. J’ai eu peur de déléguer. C’était mon bébé, je foutais mon nez partout.

J’ai péché par orgueil. Je suis profondément de gauche et, me retrouvant par la force des choses chef d’entreprise, j’ai carrément cru pouvoir inventer un nouveau modèle d’entreprise. Ça m’a explosé au visage et puis on est rentrés dans les clous. »

Mais, selon lui, un « clan » de journalistes a voulu « prendre le contrôle » du magazine. À la fin de l’interview, il ajoute : « Ceci n’est pas une menace mais un constat ; s’il y a une virgule à côté de la vérité, je serai obligé d’attaquer [l’article] ». « Une tentative de putsch avortée »

Liliane Roudière, la rédactrice en chef, considère également que « ce n’est pas un groupe blanc contre un groupe noir ». Elle estime qu’elle a « pris des coups » et que « ça a été horrible ». « Tout le monde a souffert, de l’autre côté aussi il y a eu [des burn out]. Moi j’en ai fait, mais je ne suis pas allée à l’inspection du travail » avance-t-elle.

C’est également cette idée de clan qui a été plaidée par l’avocat du magazine, lors de l’audience des conseils des prud’hommes concernant Delphine Henry, et à laquelle BuzzFeed a assisté. « Il y a eu une tentative de putsch avortée », a estimé Me Olivier Hugot. « Le péché originel, c’était que cette société a été créé par des hommes et pas par des femmes. »

Les anciennes réfutent. Selon Cécile, partie en juillet 2014, « les journalistes en question ont eu beau partir, les problèmes sont restés ». Pour cette ancienne stagiaire passée en CDD, « après la grève, ils ont voulu nous faire croire que les choses allaient changer mais ça n’a pas été le cas. Les gens que je considère comme responsables de la souffrance des autres sont restés aux postes de responsabilité. J’ai vu plein de gens au bout du rouleau. »

« Ce n’est plus la même équipe »

Des anciennes évoquent également des propos graveleux de la part de Grégory Lassus-Debat, qu’elles trouvent inappropriés dans le cadre du travail, et le fait qu’il aurait à plusieurs reprises passé une vidéo de bruitage porno dans la rédaction car « ça le faisait beaucoup rire ». « C’est une journaliste qui nous a fait découvrir cette vidéo », se défend-t-il. « Je l’ai remise en rigolant, on était tous morts de rire. Je viens de Charlie Hebdo, où j’ai été stagiaire puis pigiste. Je suis dans cet état d’esprit grivois. »

Mais surtout, plusieurs anciennes tiquent sur le décalage entre la ligne éditoriale et ce qu’il se passait en interne. Comme Leïla, une ancienne pigiste du magazine, habituée des sujets sur les violences faites aux femmes et qui a coécrit le livre La guerre invisible : révélations sur les violences sexuelles dans l’armée française, publié par les Arènes et Causette. « Quand tu entends tes collègues femmes te raconter des situations que d’habitude tu rencontres chez tes interlocutrices qui sont victimes de violences, tu te dis que ce n’est pas possible, déclare-t-elle. Le magazine dit beaucoup de belles choses mais des femmes qui sont passées par là ont été maltraitées. La trahison est amère. »

« On s’est réorganisés »

Et aujourd’hui alors ? La rédactrice en chef adjointe Isabelle Motrot insiste sur le fait qu’actuellement, Causette, « ce n’est plus la même équipe. On s’est réorganisés. Grégory Lassus-Debat a pris d’autres engagements, il a fondé une société de production, Causette Prod ». S’il n’est plus directeur de la publication, il apparaît désormais dans l’ours comme « conseiller éditorial » et « gérant », tandis que Gilles Bonjour est, lui, « administrateur général ».

Quand on lit à Isabelle Motrot les incidents évoqués par le jugement des prud’hommes, elle dit « tomber des nues ». « En ce qui me concerne, je n’ai jamais vu d’insultes ou de tensions de ce genre », indique celle qui était pigiste à l’époque et qui explique s’être « soigneusement tenue en dehors de tout ça ».

« Je trouve qu’on s’en sort pas mal »

« Ça se passe bien, on est hyper vigilants maintenant », précise de son côté la dessinatrice Camille Besse, aujourd’hui déléguée du personnel.

Pour cette ancienne gréviste de 2013, qui travaille toujours à “Causette”, « l’idée c’est que ce qu’il s’est passé ne se reproduise pas. Quand on voit poindre des choses, on est hyper réactifs. Je trouve qu’on s’en sort pas mal. Il y a quelques tensions, quelques inimitiés, mais globalement ça se passe bien. »

La nouvelle organisation serait plus efficace, et Grégory Lassus-Debat beaucoup moins présent dans les locaux. « Il donne son avis sur la couv mais ça s’arrête là », décrit la journaliste Clarence Edgard-Rosa. « On a mis en place des process sur le circuit de la copie pour faire en sorte que tout ce beau monde fonctionne ensemble », défend Sophie Jarreau, la réd chef technique.

À Causette, aujourd’hui, on est visiblement soucieux de se démarquer des cas de harcèlement moral évoqués en ce moment devant la justice. « Grégory Lassus-Debat n’est plus responsable, vous ne pouvez plus parler de Causette en le citant maintenant, vous êtes obligée de dissocier », exige Virginie Roels, la nouvelle directrice de publication. « Ne mêlez pas Causette à ça. Ce ne sont plus les mêmes personnes, plus les mêmes aux postes de responsabilités. »

Mais certains passages à Causette ont pourtant laissé des traces. « Aujourd’hui, ça ne m’étonnerait pas que le climat soit meilleur, estime une ancienne, mais eux, en tant que personnes, ne vont pas changer. Pour rien au monde je ne voudrais retourner y travailler et je ne souhaite à personne d’y faire un passage prolongé. »

Marie Kirschen est journaliste chez BuzzFeed News, France, et travaille depuis Paris. Contact Marie Kirschen at marie.kirschen@buzzfeed.com.


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