De la gentrification des villes à la gentrification des luttes

Les charmes discrets de la rénovation à Noailles et Belsunce

lundi 24 novembre 2008

D’après un article publié le sur le site de Un centre-ville pour tous le 7 mai 2008 sous le titre "L’état de la réhabilitation du centre ville : visites d’immeubles et rencontres avec des habitants des secteurs de Noailles et de Belsunce" (compte-rendu d’une visite organisée par l’association le 16 février 2008)

Après dix années de discours et de mise en œuvre de la réhabilitation du centre ville, dans les deux quartiers de l’hyper-centre, Noailles et Belsunce, la perspective était de montrer la diversité actuelle des situations, à travers des visites de plusieurs immeubles et des rencontres avec leurs habitants

Constats généraux

- Des réhabilitations de bonne qualité

- Des réhabilitations avec malfaçons et travaux de mauvaise qualité, qui démontrent

- le gaspillage des finances publiques (défiscalisation et/ou subventions mal utilisées)

- Des relogements sur décision de justice

- Des relogements volontaires

- Des évictions de locataires sans relogement

- Des réhabilitations annoncées qui ne se réalisent pas, conduisant à un pourrissement de la situation.

Première Partie de la Visite : le Quartier Noailles

La visite commence par un arrêt devant le N° 43 rue du Musée : c’est un immeuble avec des propriétaires occupants. Ceux-ci ont reçu des appels de fond de la part de leur syndic (d’un montant de 12 000 euros) pour des travaux sur la façade (alors que celle-ci semble en excellent état), alors que c’est plutôt la cage d’escalier qui mériterait des travaux, car elle est dans un état très dégradé. Il s’agit ici d’une situation dans laquelle des petits propriétaires se voient menacés de vente aux enchères de leur bien immobilier. Au nom des prescriptions du PRI !

43, rue du Musée

La visite se poursuit pour arriver devant le N° 10 rue d’Aubagne : un petit rappel historique est nécessaire pour comprendre d’où viennent les locataires qui occupent cet immeuble depuis peu de temps. La Société d’Economie Mixte qui s’occupe des questions de réhabilitation immobilière pour le compte de la ville de Marseille, Marseille Aménagement, a acquis depuis 1996 des immeubles dans les quartiers de Belsunce et de Noailles. Ces immeubles ont été déclarés vacants, alors qu’en fait, ils ont « rendus » vacants. Certains locataires ont été se loger chez d’autres « marchands de sommeil ». Pour d’autres, un long combat a eu lieu au niveau de la justice, avec l’aide de l’association. Il a finalement abouti à ce qu’une centaine de personnes soient relogés sur décision de justice. Puis, à partir de 2004, la Mairie a consenti à mettre à disposition un certain nombre d’immeubles pour y reloger quelques personnes de manière décente. Mais cela n’a été possible que grâce au combat de l’association. Ainsi, aujourd’hui, l’immeuble du N° 10 rue d’Aubagne est occupé par des personnes qui habitaient encore récemment au N° 19 rue Poids de la Farine à Belsunce (voir plus loin dans la suite de la visite). Mais il faut rester vigilants : une hirondelle ne fait pas le printemps…

10, rue d’Aubagne

Un bref arrêt devant le N° 3 rue d’Aubagne : l’association prend les citoyens à témoin, car il s’agit là d’un immeuble dont la mairie a promis qu’il serait retapé. Un Centre Ville pour Tous veillera à ce que cet immeuble soit effectivement mis à disposition des personnes évincées de leurs immeubles par le passé.

3, rue d’Aubagne

La visite fait ensuite un petit détour par les immeubles situés aux Numéros 14 et 16 rue du Musée. Il s’agit de deux immeubles appartenant à l’Assistance Publique de Marseille qui ont été vendus à ADOMA (nouveau nom de la SONACOTRA) pour réaliser un projet de maison-relais pour des immigrés âgés.

14 et 16, rue du Musée

L’association s’arrête longuement devant le N°1 de la Rue des Feuillants. Depuis qu’elle fait des visites de quartier, il s’agit de la troisième visite de cet immeuble qui est toujours dans la même situation. En fait, ce numéro fait partie d’un immeuble situé dans le triangle constitué par la rue des Feuillants, la Rue Longue des Capucins et la Canebière. Cet immeuble est essentiellement occupé par des familles qui habitent là depuis 25 à 30 ans. Il est la propriété de Marseille Aménagement, qui n’y a pas fait de travaux, notamment dans la cage d’escalier, alors que celle-ci est vraiment très dégradée. L’association demande inlassablement depuis des années que des travaux d’urgence soient réalisées et que la destination sociale de cet immeuble soit respectée.

1, rue des Feuillants

Deuxième partie de la visite : le quartier Belsunce

Après la traversée de la Canebière, la visite du quartier Belsunce commence par la rue Vincent Scotto, où plusieurs immeubles sont à observer.

Le N° 21 Rue Vincent Scotto fait partie des situations que l’association considère comme des succès qui résultent d’un long combat. Il s’agit d’un ancien hôtel meublé (l’hôtel Gallia) qui a été intégralement refait à neuf, et qui est occupé depuis peu par des anciens de l’immeuble du N° 19 rue Poids de la Farine. Plusieurs d’entre eux témoignent et font visiter leurs logements. Il s’agit de logements en LIP gérés par un propriétaire privé, dont le loyer est de 100 euros par mois, avec un bail de 6 ans renouvelable. La demande de l’association est qu’il y ait beaucoup plus de réalisations de ce type dans le centre ville.

21, rue Scotto

Les N° 3 et N°5 de la rue Vincent Scotto correspondent à deux situations très contrastées d’immeubles vacants : le N°3 est un immeuble qui vient d’être cédé à un bailleur social pour qu’il réalise du logement social. Cela correspond à une part des demandes de l’association. Par contre le N°5 est un immeuble qui appartient à un « marchand de sommeil ». Il a fait l’objet d’injonctions de réhabilitation dans le cadre du PRI depuis… 1997 ! Ces injonctions n’ont eu aucune portée jusqu’à maintenant…L’association rappelle qu’elle a toujours dénoncé le traitement de faveur pour certains propriétaires

N° 3 et N°5 de la rue Vincent Scotto

Un peu plus loin, un bref détour au 19 rue Poids de la Farine. Il s’agit d’un immeuble dont les locataires aprés plusieurs tentatives de « vidage » ,notamment avec la menace d’un arrêté de péril de circonstance ont été relogés très récemment dans d’autres immeubles proches devant lesquels l’association vient de passer (21 rue Vincent Scotto ; 10 rue d’Aubagne). L’immeuble étant actuellement vacant, la porte d’entrée a été blindée pour qu’on ne puisse pas accéder librement à l’intérieur. Nouredine Abouakil explique que certaines personnes ont habité cet immeuble pendant 35 ans. Les constats récents qu’on pouvait faire, quand on pouvait encore pénétrer dans cet immeuble, étaient qu’il n’y avait ni douche, ni chauffage. Cet immeuble est lui aussi promis à réhabilitation, et l’association sera particulièrement vigilante sur son devenir.

19 rue Poids de la Farine

L’association arrive ensuite Rue Thubaneau, dont plusieurs immeubles (notamment au N° 4, N° 14, N° 16, N° 23) ont fait l’objet de réhabilitations selon un système particulier. Ces immeubles ont en effet été revendus en 1996 ou 1997 comme des produits financiers à des propriétaires investisseurs. Cela signifie notamment que ces investisseurs ont pu bénéficier de défiscalisations par rapport aux sommes investies dans l’achat et les travaux de réhabilitation pendant une période de dix ans. Depuis quelques mois, ces avantages n’existent plus, et ces propriétaires cherchent maintenant à revendre leurs biens immobiliers. Plusieurs familles locataires se sont vus ainsi notifier des « congés pour vente ». Plusieurs locataires viennent témoigner de cette situation :

Rue Thubaneau

* Une locataire habite depuis 10 ans au N° 14 de la Rue Thubaneau pour un loyer de 400 euros/mois (charges comprises). Elle indique avoir reçu une lettre du représentant du propriétaire (la société « Pierre Investissement ») lui notifiant son congé pour vente dans un délai de 6 mois. Il lui est proposé de racheter son appartement de 41mètres carrés pour une valeur de 90 000 euros. Mais elle n’en a pas les moyens. Elle souhaiterait pourtant vivement rester dans ce quartier, qui lui plait énormément.

* Une autre locataire habitant un appartement du N° 4 rue Thubaneau signale qu’elle se trouve dans cette situation, et qu’elle est dans l’impossibilité de racheter son appartement, compte tenu du prix qu’on lui en propose (220 000 euros).

* Au N° 23 rue Thubaneau, l’immeuble est vacant depuis juin 2007 : les locataires avaient eux aussi reçu des congés pour vente, mais ils sont partis les uns après les autres, et l’immeuble se retrouve vide.

A l’issue de ce passage dans la Rue Thubaneau, l’association « Un Centre Ville pour Tous » signale aux participants à la visite qu’une telle situation ne concerne pas seulement les immeubles de la Rue Thubaneau. Ce sont en fait 71 immeubles situés dans les quartiers Belsunce et Noailles qui ont bénéficié de ce mécanisme de défiscalisation et qui risquent de mettre beaucoup de familles dans la difficulté et l’embarras dans les mois qui viennent, si ces immeubles sont mis en vente. Le suivi du devenir des locataires habitant les immeubles réhabilités va donc nécessiter une veille particulière. Il sera nécessaire de développer une pression citoyenne et politique pour que ces immeubles fassent l’objet d’une préemption de la part de la Mairie ou qu’ils soient acquis par des bailleurs sociaux afin de permettre le relogement des locataires concernés.

En haut de la Rue Thubaneau, au N° 35, L’association fait un bref rappel de la situation. Il s’agit d’un ancien hôtel meublé, l’hôtel Achille (dont le propriétaire est le même que celui du N° 3 de la Rue Vincent Scotto, déjà vu précédemment). Au début des années 2000, cet immeuble appartenait à un « marchand de sommeil » et se trouvait dans un état très dégradé. Il était notamment connu pour avoir sur sa toiture des systèmes vétustes de « caisses à eau » dans lesquels on avait trouvé des rats morts ! Il était occupé par des personnes âgées. Compte tenu de son état, cet immeuble a fait l’objet d’un arrêté de péril en 2003. Son propriétaire a été condamné par la justice à reloger ses locataires, ce qui a été fait. Il est vacant depuis cette période, mais il figure désormais sur la liste des immeubles qui devraient être transformés en logements sociaux…

Rue Thubaneau, au N° 35

Le groupe s’arrête ensuite au N° 25 Rue du Tapis Vert. Il s’agit ici d’un immeuble qui appartenait à l’origine à un « marchand de sommeil », puis qui a été racheté par Marseille Aménagement qui l’a elle-même revendu à un propriétaire privé. Celui-ci y reloge une partie des anciens locataires du N° 19 rue Poids de la Farine, dans des conditions correctes.

Rue du Tapis Vert

Un immeuble situé à l’angle de Rue du Baignoir et de la Rue du Relais mérite une mention particulière. Il s’agit en effet d’un immeuble acquis par la SOGIMA au début des années 2000 qui a été réhabilité pour en faire des logements sociaux « classiques », ce qui est paradoxalement assez rare dans le quartier Belsunce !

Angle de la rue du Baignoir

La visite passe se poursuit en passant par la Rue des Dominicaines. Aux N° 25, 27 et 33 de cette rue, plusieurs hôtels meublés ont été vendus à des investisseurs à la fin des années quatre vingt dix. Mais contrairement à ce qui a pu se passer par exemple pour les locataires du 19 rue Poids de la Farine, les locataires de ces hôtels meublés ont dû partir de leurs logements, sans qu’aucune solution de relogement ne leur soit proposée.

Rue des Dominicaines

La visite se termine par un passage dans la Rue de la Fare. Cette rue constitue un symbole important pour le combat pour un logement respectueux des habitants du quartier. En effet, trois de ses immeubles (aux N° 6 ; N° 8 et N° 9 ) ont fait l’objet des premiers combats de l’association, qui se sont notamment conclus par des victoires en justice des locataires vis-à-vis des propriétaires. Les Certains locataires ont ainsi pu être relogés dans un immeuble situé au N° 2 rue Colbert. D’autres habitent toujours sur place (au N° 8), mais le propriétaire n’a toujours pas engagé de réels travaux de réhabilitation. Le N° 6 est vacant depuis février 2002 , l’association rappelle les termes du testament CANTINI par lequel ce dernier exprime sa volonté d’un usage d’utilité publique de ses legs dont fait partie le 6 rue de la Fare.

Rue de la Fare


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