De la gentrification des villes à la gentrification des luttes

L’Union européenne à Bruxelles : une implantation urbanistique sauvage au mépris des habitants

mardi 18 novembre 2008


Façadisme, choucroute et démocratie
envoyé par quartiermidi

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Les caprices des Dieux

« Façadisme » : pratique architecturale consistant à intégrer une façade ancienne dans un bâtiment moderne. « Choucroute » : terme architectural, désigne une conservation patrimoniale, devenue anachronique, en cours de fermentation urbanistique. « Façadisme démocratique » : pratique politique consistant à intégrer un simulacre (un faux-semblant) démocratique dans un système qui ne l’est pas.

Et maintenant, voici les acteurs principaux de ce drame en 3 actes. Dans le rôle des victimes : les habitants du quartier Léopold et une certaine idée du débat démocratique. Dans le rôle des bourreaux : Guy Verhofstadt, Premier Ministre, Charles De Pauw, promoteur immobilier, Romano Prodi, Président de la Commission européenne, Georges Venet, ex-Directeur de la société Espace Léopold, Etienne Davignon, Président de la Société Générale de Belgique, Jean-Louis Thijs, ex-Secrétaire d’Etat à la Région de Bruxelles-Capitale, Joan Colom i Naval, Vice-Président du Parlement européen et Alain Radelet, administrateur-délégué de la société Espace Léopold. Une distribution sensationnelle !

Hôtels du sacrifice

Et maintenant, place au spectacle. Et quel spectacle ! L’histoire débute, il y a 20 ans, comme un conte de fée urbain : Bruxelles apprend qu’elle sera appelée à devenir la Capitale de l’Europe ! Et c’est le paisible quartier Léopold qui a l’honneur d’être choisi pour devenir le centre névralgique de l’Union et accueillir les fonctionnaires européens qui en feront leur lieu de travail. Créé au 19e siècle dans un style néo-classique, le quartier Léopold fut conçu comme une oeuvre « civique », chargée d’exprimer la foi dans le progrès. Mais les habitants du quartier vont éprouver une solide crise de foi ! Car pour pouvoir bâtir du neuf, il faut d’abord faire place neuve. Et c’est ainsi que tout un pan de Bruxelles sera sacrifié sur l’autel de l’urbanisme affairiste. Ce sacrifice commencera par l’expropriation -en urgence- des maisons de la rue Godecharle. Il faudra attendre 2006 pour voir quelque chose combler l’espace vide, désormais couvert d’hôtels et de logements haut de gamme à destination de locataires fortunés, cela va de soi.

Lorsqu’en 2002, l’Europe s’élargit, elle décide cette fois de jouer la transparence et de prendre en compte l’avis des habitants du quartier. Une table ronde sera organisée : nous vivons dans une démocratie, que diable !, l’Europe n’est pas la Chine !

Mais la concertation tourne vite au rapport de force : trois intervenants seulement pour les riverains et cinq petites minutes plus tard, les remarques et timides objections ont été escamotées et balayées avec les gravats du passé. Les riverains obtiendront bien entendu des dédommagements… avec l’argent du contribuable, c’est-à-dire le leur. On se rend compte que le poids d’un quidam est très léger, comparé à celui des mastodontes que sont les décideurs et les investisseurs. Morale de ce conte de fée : tout un quartier, un espace de vie a été détruit, dérobé aux citoyens qui l’habitaient pour être transformé, à coups de tractopelles magiques, en un lieu aseptisé, surprotégé et tout à la gloire politique de l’Union européenne…

Manque d’espaces… de débats

Le réalisateur de « Façadisme, choucroute et démocratie », Gwenaël Breës, revient, avec un style percutant qui n’a rien à envier à celui de Michael Moore, sur cet épisode édifiant de l’histoire bruxelloise grâce à un minutieux travail de collecte de documents et d’images d’archives. C’est avec beaucoup de malice qu’il confronte, dans un montage incisif, les discours des hommes politiques avec la réalité du terrain. Il lève le voile sur le manque total d’intégration et de concertation entre les occupants de cette capricieuse forteresse géante de 370.000 m2 et les habitants du quartier où elle a été implantée. A cet égard, la moue presque dégoûtée avec laquelle Joan Colom i Naval, Vice-Président du Parlement européen, lorsque l’on aborde l’éventuelle hypothèse d’une ébauche de mixité sociale via la création d’un espace culturel, vaut son pesant de mépris. Gwenaël Breës stigmatise l’incurie des pouvoirs en présence, tant ceux de l’Union européenne que ceux de la commune d’Ixelles et de la Région de Bruxelles-Capitale.

Ce documentaire tente d’évoquer plus largement la manière dont des pouvoirs publics européens et locaux, ainsi que le secteur privé, envisagent des questions telles que celles de l’espace public, de l’architecture, de la sécurité, du rôle d’une capitale européenne, de la place de la culture ou encore celle du « citoyen ». Et le moins que l’on puisse en dire, c’est que tout cela semble être le cadet de leurs soucis.

• Thierry Moutoy


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