De la gentrification des villes à la gentrification des luttes

Touche pas à ma yourte

vendredi 21 novembre 2008

par Lucas Bretonnier, Contre Journal

Jean-Baptiste Eyrault (DAL). « On chasse les tentes dans les centres-villes, les caravanes des gens du voyage en banlieue et maintenant les logements alternatifs dans les campagnes. La lutte contre la cabanisation, désormais, touche tous les lieux. La crise du logement s’est exportée dans les zones rurales, où l’habitat hors normes s’est développé. La cabanisation concerne une palette très large de population, de ceux qui n’ont pas les moyens de se loger ailleurs à ceux qui ont fait le choix de ce mode de vie. Ces habitats peuvent être des maisons en paille, des caravanes, des tipis, des yourtes. On en trouve surtout dans les régions rurales comme l’Ardèche, les Cévennes, la Bretagne, les Pyrénées, le Languedoc. Il existe un réseau développé, et jeune, d’entraide pour construire ces logements. Evidemment, c’est hors permis de construire, donc illégal. Même si l’objectif officiel des arrêtés préfectoraux de « lutte contre la cabanisation » est d’éviter les risques pour l’environnement ou l’hygiène, le but reste de faire disparaître ce qui fait tâche dans le décor. Il faut rappeler que dans tous les pays du monde, les villes se sont « autoconstruites » sans permis de construire. Y compris en France. »

Clément David, constructeur d’habitat alternatif dans l’Ariège. « Près de 10 000 personnes vivraient comme ça dans l’Ariège. Mais la lutte contre la cabanisation s’est accrue. Les pouvoirs publics usent de moyens détournés pour faire pression sur ces populations : ils débarquent, mettent des procès verbaux, des amendes et obligent les gens à partir. Notre objectif est de faire reconnaître cette forme d’habitat. Ces gens participent à l’économie locale, ils font les marchés. Un village dans les Cévennes a pratiquement été repeuplé comme ça. L’école allait fermer, maintenant, deux classes fonctionnent. »

Marcel Etienne, association Ma Cabane. « Les personnes qui pensaient pouvoir vivre tranquillement dans les interstices de l’urbanisation et de la loi se trompaient. Dans certains villages, ceux qui habitent dans ces cabanes sont convoqués par les policiers, interrogés avec relevés d’empreintes digitales. La plupart du temps, ils résistent mais parfois, ils craquent et s’en vont. L’argument du respect de l’environnement est discutable puisque la construction d’une cabane occasionne une pollution dix fois moins importante que celle provoquée par les bulldozers pour construire des lotissements. Une cabane, de plus, vous pouvez la démonter et remettre les lieux en l’état. Ce que l’on demande, c’est que ce genre de construction soient possibles. Certains maires sont d’accord. »

Béatrice Mésini (CNRS). « En Bretagne, la construction de petites maisons en terre et argile, assez proche de l’habitat troglodyte, a été contestée. Certains riverains, qui se sont endettés lourdement pour acquérir une maison en parpaing, ne voient pas d’un très bon oeil l’arrivée de ces voisins qui se logent confortablement à bas coût. Tant qu’ils vivent dans des zones rurales reculées, on les laisse plus ou moins tranquilles. Mais dès qu’ils occupent une zone plus touristique, avec des intérêts fonciers et économiques forts, ils deviennent gênants. Les municipalités sont capables de donner un droit dérogatoire à des terrains pour le tourisme. Elles ne le font pas pour ces gens-là. » Page précédente 1 2 Page suivante


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