De la gentrification des villes à la gentrification des luttes

"La fabrique des derniers hommes"

mardi 1er avril 2014.

Dans quel monde vivons-nous ? Quelles sont les forces qui le dominent et le caractérisent ? Et dans quelle(s) impasses(s) nous poussent-elles ? Ces questions sont à la base de toute réflexion politique, à plus forte raison en un temps de bouleversements permanents. Si l’on ne veut pas faire le jeu d’évolutions que l’on récuse, il est en effet indispensable de comprendre ce présent qui nous est fait, et nous a fait tels que nous sommes. C’est à ce projet de diagnostic du monde moderne que cet essai cherche à contribuer en s’appuyant sur ceux que l’on présente en général comme les " pères fondateurs " de la sociologie allemande : Ferdinand Tönnies (1855-1936), Georg Simmel (1858-1918) et Max Weber (1864-1920). Tous trois cherchaient à cerner les problèmes du monde tout nouveau qui naissait à leur époque, et ils ont identifié avec une lucidité exemplaire les tendances structurelles de la modernité capitaliste, raison pour laquelle leurs analyses n’ont rien perdu en actualité. Ils ont notamment produit l’analyse des tenants et aboutissants du processus de " rationalisation " qui régit notre époque, en y produisant tant de souffrance. Mais, l’intérêt exceptionnel de leurs idées tient aussi à ce qu’ils ont élaboré trois méthodes originales pour diagnostiquer le présent, qui annoncent les grandes orientations que prendra ensuite la réflexion critique : l’ontologie sociale des formes de vie, l’herméneutique des phénomènes caractéristiques du présent, comme la monétarisation ou l’urbanisation, et la généalogie historique des puissances sociales qui dominent la modernité. De ce fait, ils se rattachent moins à la " sociologie " telle qu’elle se pratique aujourd’hui qu’au diagnostic historique qui travaille toute une partie de la pensée moderne, de Nietzsche à Foucault en passant par la Théorie critique. À bien des égards, ils reprennent la critique nietzschéenne des " derniers hommes ", les nihilistes de l’âge moderne, mais sur la base d’une analyse des forces socioéconomiques et socioculturelles qui façonnent notre humanité. Dans la mesure où ces forces sont toujours à l’œuvre aujourd’hui, l’analyse de leurs idées permettra de mieux saisir les tendances de fond de notre monde, et celle de leurs méthodes de mieux s’y prendre pour en discerner les nouveaux enjeux.

Voir en ligne : Ecouter Aurélien Berlan

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