De la gentrification des villes à la gentrification des luttes

Denis Podalydès ne sait pas lire

dimanche 11 janvier 2015.

Denis Podalydès fit une lecture des Derniers Jours de l’Humanité de Karl Kraus à l’Institut Goethe. Le 11 janvier, lors de la manifestation, il fit la preuve qu’en fait, il ne l’avait pas lu...

Le comédien et metteur en scène Denis Podalydès a défilé, comme plus d’un million d’autres personnes, dans les rues de Paris, dimanche 11 janvier, en hommage aux victimes des attentats de ces derniers jours en région parisienne. Voici les quelques mots qu’il a confiés à l’une de nos reporters.

« La phrase concerne moins aujourd’hui que les jours précédents : "Au chagrin de ce jour nous devons obéir, dire ce que nous sentons et non ce que nous devrions dire."

Je pense à l’écrivain qui dira un jour ce que nous sentions dans une langue exacte.

Aujourd’hui, j’ai tout simplement besoin de dire et de redire ce qui se dit autour de moi, ce que je lis sur les panneaux, les banderoles, je suis Charlie, je suis juif, je suis musulman, je suis policier, je suis Mahmoud Abbas, je suis même Nétanyahou (je n’aurais jamais pensé dire ça), je disparais dans la foule, je suis la foule ou la foule passe à travers moi, je marche lentement, je m’arrête, je lis une banderole, l’une me fait rire, l’autre moins, mais je comprends, j’avance, je fatigue, je me sens un peu mieux qu’il y a trois jours, les autres qui sont là et avancent en savent plus long que moi.

La nuit est tombée, ça brille de partout, il y a un grand mannequin blanc, une Marianne aux longs bras, je marche à côté de mon frère, il y a du sens qui revient, je m’arrête, je vais rentrer chez moi, regarder un peu tout cela à la télévision, voir d’en haut, la foule où je suis encore, je suis un million cinq cent mille personnes, ça fait du bien. »


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